Les Trois Bras de la Coutume du Maine

EMBLEME DU VIVRE ENSEMBLE DANS L' EGALITE

MENHIR, PIERRE LEVEE, OBELISQUE TOTEM .....

 

La lecture d'un monument et l'étude de son histoire est recommandable

avant de demander sa destruction,

Cette pièce de bois avec ses trois bras n'est pas unique dans notre Maine. A Sargé, cette évocation ancienne a été rebaptisée sans doute sous le Concordat de Napoléon, son nom et sa signification ont disparu avec la Révolution.L' organisation de la société du Moyen -Age et du Siècle des Lumières ont été abrogée à l'époque.

Le mois dernier, à Sargé, nous avons eu une Enquète d'Utilité Publique pour un projet du giratoire du Puits Loriau entrainant le déplacement ou la disparition d' une statue de la Vierge élevée en 1949, Année Mariale.

Des Sargéens m'ont demandé de rechercher l'origine de ce monument. Je me suis replongé dans mes archives ( ayant subies un « Ramsonware » en décembre 2015, j'ai des difficultés). Pendant 13 ans j'ai été Président du Cercle Généalogique de Maine et Perche. J'ai effectué de nombreuses recherches notamment sur Sargé.

En 2009, j'avais aidé mon épouse à rédiger un article sur les Croix de Sargé, à diffuser dans le bulletin paroissial. Censuré, il n'est jamais paru, sans doute « brulé en la  Place de Grève » sargéenne, feu animé par la pensée unique.

J' avais fait mention de ces trois mains dans mon journal numérique du 21 mai 2009

Est-ce une des causes de l'ignorance de l'origine de ce Monument Symbole  de Laigné? Le savoir de l'Abbé Régis Ferré Curé de Sargé, ayant des attaches avec Mulsanne n'interessait personne.

Voici les deux textes :

Monique CAFFIERI Le 25 mai 2009

Les Jubinières

72190 SARGE LES LE MANS

tél./fax 02 43 76 51 92

caffieri.l.aine@wanadoo.fr

 

 

 

Les croix de Sargè-lès-Le Mans

 

L’abbé Ferré ,dans la mesure de ses possibilités, a toujours veiller à l’entretien et à la décoration des croix de Sargé.

 

LE CALVAIRE

Au carrefour des routes de Le Mans-Mamers et de Sargé-Yvré

Il est érigé en 1825 par la fabrique, et l’Abbé Anjubault, curé de Sargé de 1819 à 1829.

Il a été le but de nombreuses processions lors des missions et rénové après la guerre de 1939-1945

La croix était montée sur un socle en pierres et entourée d’arbustes. Avec le développement de la circulation, ce massif devenait un obstacle à la visibilité.

En 1976, le Conseil municipal s’est penché sur la question et a demandé au propriétaire du terrain, qu’il puisse être replacé en arrière. Il n’y a pas eu d’accord avec un des membres de la famille et on s’orientait vers sa suppression.

Pour éviter sa destruction, M. Roger Caffieri étant maire, le Conseil Municipal, dans sa réunion du 1 avril 1977, votait sa réimplantation dans le haut du cimetière de Sargé par 14 voix sur 17 votants.

Le Conseil accepte le devis du marbrier Daniel Touchard s’élevant à la somme de 10778 Francs. La facture est prise en charge par les Ponts et Chaussées au titre de l’amélioration de la sécurité routière.

 

LA CROIX MADELEINE -   LA CROIX AUX TROIS MAINS

Elle était située au carrefour de la route de Sargé à Neuville et de cette route Sargé-Neuville à la route rejoignant la rue de Sargé au Mans. Elle est maintenant située sur le bord de cette route et d’un chemin piétonnier suite à la construction de maisons.

C’est la croix de la deuxième Patronne de la paroisse. Jusqu’aux années 1950, les paroissiens allaient en processions pour les Rogations et le jour de la Fête Dieu. Ce jour là, la procession du Saint Sacrement sous son dais partait de l’Eclèche pour rejoindre l’église, sur la route couverte de sciure colorée et de fleurs.

Le Père Régis Ferré avait appris des anciens que cette croix s’appelait aussi «  la croix aux trois mains ». Jean-jacques a retrouvé sa signification aux Archives Départementales.

Au XVIIIe siècle, les époux vivaient suivant les règlements patrimoniaux de la « Coutume du Maine ».

La communauté de biens entre époux n’entrait en vigueur qu’un an après la célébration religieuse. Un propriétaire ne signait pas un bail avec un couple sans contrat de mariage ou sans la clause «  à trois mains ou trois bras ». Car en cas de décès de l’un d’eux, l’héritier est sa propre famille et non pas l’époux. Pour conserver les intérêts des bailleurs, les notaires rédigeaient des baux à trois mains : le mari, la femme et le frère d’un des époux. C’est lui qui continuait le bail en cas de décès de l’un d’eux. Ainsi il n’y avait pas de succession sur le bail.

 

 

 

 

 

LA CROIX DE MIREE

 

En toponymie, « Mirée » a pour origine le nom « mirat », expression en bas latin du Moyen-age signifiant un lieu admirable (avec ses bois de genévriers).

Cette croix a été édifiée le 25 juin 1894, par l’Abbé Commin. Il est nommé curé de Sargé le 10 juin 1882. Il y restera jusqu’à sa nomination en décembre 1894, comme curé de Savigné l’Evêque.

Au moment de son installation, les paroissiens habitant les maisons et fermes du quartier se sont réunis pour inscrire leurs noms et leurs dates de naissances sur une feuille de papier. Celle-ci est scellée dans une bouteille en verre et enterrée dans les fondations.

Aujourd’hui, leurs descendants s’interrogent sur la « survie » de cette bouteille.

Cette croix était implantée au milieu du carrefour. Les piétons et les équipages la contournaient pour changer de route. Quand en 1961, le conseil municipal de Sargé vota le goudronnage de ces routes avec un programme d’un ou deux kilomètres chaque année, la décision fut prise de déplacer cette croix pour la poser en bordure de route où elle est aujourd’hui.

 

LA CROIX DU CASSOIR cassanos

En toponymie, Le Cassoir a pour origine le nom « cassanos », expression d’une langue pré celtique couvrant une partie de l’Europe. Il désigne un chêne druidique, chargé de gui. D’où un lieu de culte ?

On peut penser qu’à l’époque de la christianisation, le chêne fut abattu et remplacé par une croix ( cf. : Saint Boniface abattant un chêne sacré et le remplaçant par une croix).

Cette croix était située au carrefour de la route Le Mans-Dreux, Evreux et du chemin dit «  des Rieux », reliant l’Huisne à Mirée et la Cadière.

Elle était aussi à partir de la Renaissance, exactement à la moitié du chemin conduisant de la Cathédrale du Mans à la résidence des évêques de Touvoie. Par une halte, elle favorisait donc un lieu de ressourcement spirituel pour le voyageur.

Depuis de nombreuses générations la famille Davase est propriétaire et exploite la ferme du Cassoir.

En 1974 ou en 1975, après le remembrement nécessité par la construction de l’autoroute et avec la nouvelle attribution des parcelles, Marcel Davase perdait l’emplacement de cette croix et la croix en elle-même. Aussi, pour éviter qu’elle ne tombe en déshérence, il la déplaça sur son terrain où elle est actuellement et qui appartient maintenant à ses enfants Monsieur et Madame Leblay.

 

LA CROIX DE FONTAY

Croix située sur la route de Sargé à Neuville, à l’embranchement du chemin des maisons et fermes de Fontay et de l’Aubinière. Située sur le terrain de la ferme de Fontay, en bordure de la route de Neuville. Depuis de nombreuses générations, elle était entretenue par les propriétaires exploitants agricoles, la famille Béreau,

 

LA CROIX DES FOURCHES ET DU PATISSEAU

Elle est située sur la route de Bonnétable à l’embranchement de la route des lieux-dits «  Les Fourches et le Patisseau »

Cette croix est de construction récente, elle daterait de la mission de 1948. C’est pour cela qu’elle n’a pas de Christ en fonte comme les autres.

 

LA VIERGE DES MORTRONS

Dans l’état actuel de mes recherches, je n’ai aucune documentation sur cette Vierge.

En toponymie, l’expression «  Mortrons » correspond à des mares, abreuvoirs pour les animaux des maisons et fermes du bourg. Voir également les lieux dits La Mare et La Saulerie.

Sur le socle, cette inscription «  Année mariale 1949 »

A l' époque, j'avais noté dans mon journal numérique :

Le 25 mai 2009

Avec Monique, nous avons travaillé sur l'origine des croix de Sargé Nous sommes resté à l'histoire des derniers siècles sauf pour celle du lieu-dit le Cassoir où nous avons évoqué l'époque druidique. Mais les sites des religions se sont toujours superposés. L'église de Sargé était un temple Romain sans doute édifié sur un site Gaulois ou Celte, les croisements des pistes à cette époque peuvent nous interroger sur leur destination. La Croix de Mirée est en relation avec les bateliers de la Loire veant chercher à La Cadière, de l'huile de cade pour calfater les bateaux. Leur sceau du XVe abandonné à la Gémerie en est une preuve. Nous avons aussi à Sargé, les Goths , mercenaires des légions romaines qui sont venus construire à la Turrerie un lieu de culte à leur déesse Thor.

 

En ce mois de canicule, je me suis penché sur la Coutume du Maine, ce monument de Civilisation. En voici des extraits et la fine analyse de Madame Anne Fillon parue dans la revue de la SHAM.

 

Les Baux à trois mains

Cette communauté entre époux débutant à terme posait un risque pour les jeunes agriculteurs en cas de disparition de l'un d'eux, les fruits du bordage exploité étaient répartis entre le survivant et la totalité des héritiers du prédécédé.

Pour remédier à cette situation, source de conflits en plus de la perte du conjoint, le notaire, en l'absence de contrat de mariage, rédigeait pour le bailleur, un bail avec un co locataire susceptible de continuer l'exploitation en cas de décès. C'était le bail à trois bras ou trois mains.

Le cas pouvait aussi se produire quand l' un ou les deux conjoints n'avaient pas la majorité pour gérer leurs biens. Voir ci-dessous.

Extrait d'un très bon article paru dans la revue de la SHAM

 

Revue Historique et Archéologique du Maine Tome 20 2000

«  LA PLUS EGALITAIRE D'EUROPE

LA COUTUME DU MAINE »

Anne FILLON

 

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La coutume du Maine, comme celle de l'Anjou n'ayant pas été réformée, la communauté entre époux ne commençait , selon les principes médiévaux, qu'  « an et jour » après le mariage. On imagine les dommages causés par cet archaïsme dans une population où il n'était pas rare d' être veuf ou veuve avant que ne se soit écoulé ce délai. S'il n'avait pas d'enfant, le survivant devait alors partager son maigre ménage avec les héritiers du conjoint décedé. Devant une telle perspective, les jeunes gens conseillés probablement par les notaires, se mirent massivement vers 1740, à indiquer dans leur contrat de mariage, qu'il convenait de faire débuter la communauté le jour des noces « dérogeant en cela seulement, à la coutume du Maine ». Ces mêmes villageois qui interprétaient la coutume « à la rigueur » et qui allaient même au-delà des exigences prescrits, n'hésitérent pas à modifier les habitudes lorsqu'ils estimèrent que l'enjeu était essentiel.

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