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Les BRONCHAIN à MAROILLES

De Maroilles à Austerlitz

UNE MEMOIRE DE L'EUROPE

2 décembre 1805

Jean - Jacques CAFFIERI

Photos J. - J.  C. novembre 1999

Aujourd'hui, le 7 décembre 2013, j'ouvre ce site pour vous présenter une missive écrite par un de mes ancêtres,  il y a 198 ans.

A Maroilles, l'Arc de triomphe élevé en 1807 à la gloire de Napoléon et de son Armée 

 

En-tête

Le 16 frimaire de l'An 14, un Maroillais de vielle souche, Augustin BRONCHAIN, décrit la Victoire d'Austerlitz, à laquelle il a participé quelques jours avant, le 2 décembre 1805. Cette lettre est adressée à " Ma Chère Maman" à Maroilles.  Ce texte est remarquable de précisions. Elle est peut-être unique en France aujourd'hui.

 

 

Description

En-tête

 

PLOSTITZ – le 16 frimaire An 14

Village près de Brünn en Moravie

 

 

Ma chère Maman

 

Je m’empresse de vous donner quelques légers détails de la terrible et sanglante bataille d’AUSTERLITZ au 11 de ce mois, qui a été donnée à 3 lieues en avant de Brünn, ville capitale de la Moravie. Sur la droite et la gauche de la route d’Olmutz, la victoire est à nous. Mais combien de braves l’ont payée de leur vie. Les généraux mêmes, attestent que dans toutes les guerres dernières, il n’a pas existé une bataille aussi sanglante. Toute l’armée en général a donné et sur tous les points. Ces terribles Russes prétendaient bien nous prendre tous ou nous ramener sur le Rhin aussi lestement, comme nous étions venus dans ces pays-ci. Enfin, heureusement pour nous, il en est autrement. Nous sommes restés maîtres et vainqueurs. Il faut avoir été le témoin d’une affaire aussi terrible pour en juger. Nous fûmes longtemps exposés au feu de leurs canons et obus, étant en position derrière nos batteries ou après cela, nous nous sommes portés en avant et à droite, où nous fûmes criblés d’une pluie de mitraille pendant plus d’une demie heure, neuf pièces d’artillerie faisant feu sur nous, à portée de fusil. Après cela, nous avons chargé leur cavalerie qui était composée de dragons, cuirassiers, hussards russes et leurs cosaques. Nous leur avons pris 5 pièces de canon, enfoncé et poursuivi leur cavalerie. Enfin, ils ont été battu complètement. On leur a pris 120 pièces de canon, un nombre infini d’équipages. On compte jusqu’à 30 000 prisonniers. Leurs pertes en tués et blessés est aussi considérable.

L’on parle beaucoup d’arrangements concernant la paix. Ce sont les promesses que l’on fit d’abord à l’armée la veille de la bataille. Je le désire ! Les maux que nous avons soufferts et les fatigues depuis la reprise des hostilités sont incalculables. Il serait inutile de vous les détailler. D’ailleurs, vous êtes trop sensibles pour les remarquer. Il est aisé de se l’imaginer : en moins de deux mois, venir des bords du Rhin au centre de la Moravie, entre une infinité de marches et de contre marches qu’il faut faire dans une armée ;

 

J’ai reçu la lettre de M. Boulanger, du 8 Brumaire où je vois que toutes les démarches que l’on pu faire sont restés sans fruit. Ainsi, il faut prendre patience et cette patience est bien longue. En effet, veuillez bien dire à M. Boulanger que je n’ai pas encore eu le loisir de lui répondre au moment où j’avais reçu sa lettre, j’avais été dans l’enfer d’Austerlitz, près de Brünn, où nous montions à cheval tous les jours à 4 heures du matin. Passé la surprise, dites lui bien que ma reconnaissance est ineffaçable et lui faire aussi le plaisir ……

 

Augustin BRONCHAIN

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Qelques jours après, Auguste Bronchain donne à nouveau

des nouvelles à sa mère à Maroilles

 

Description
Description
Dans cette deuxième lettre il nous évoque la Loi Jourdan de 1798 avec son évolution vers le tirage au sort et le service de 5 ans.

En-tête

 

Ce Maroillais, Combattant d’Austerlitz

 

Auguste (ou Augustin) Bronchain est né à Maroilles le 5 août 1778. Il est le descendant d'une lignée de Bronchain résidant sur la commune depuis au moins  le mariage de Nicolas Bronchain, le 22 novembre 1676.

Auguste Bronchain a reçu dans sa prime jeunesse, une éducation dans la tradition culturelle et cultuelle, catholique de l'Ancien régime.

A partir de 11 ans, il a été le témoin du début de la Révolution dans ce village de Maroilles, célèbre par son importante abbaye. Celle-ci avait la particularité d'avoir un important domaine foncier mis en valeur par de nombreux locataires censiers.

Tous ses biens, bâtiments, terres, forêts, biens mobiliers ont été saisis et sont devenus des « biens nationaux », dont ces « rasières » de pâtures de la République. Par des enchères publiques, ils ont été vendus par adjudications à des citoyens à partir de la Loi du 2 novembre 1789 et de ses décrets complémentaires votés au fil des années en fonction des applications et des difficultés rencontrées.

 L'épigraphe de la Mairie

Cet épigraphe ci dessus a été apposé à l’entrée de la Mairie de Maroilles, à la gloire des ancêtres de 1789. Il est le symbole d'un patriotisme pérenne mais il sous entend le prix payé par les Maroillais pendant la terreur.

Après l'hiver très rigoureux de 1788-1789, la société révolutionnaire a changé complètement ses bases réglant la vie de chacun : suppression des dîmes, rachat des droits féodaux amenant le bouleversement total de la fiscalité. L'obligation pour le censier de racheter sa terre. La présence importante de dilapidateurs rançonnant la population apportait aussi son lot de désolation et d'appréhension. De plus, ces dilapidateurs, « faux patriotes » faussent les adjudications pour s'attribuer des biens à vil prix.

Autre sujet de rejet des nouvelles institutions, la constitution civile du clergé est votée le 12 juillet 1790. Elle heurte les convictions religieuses des paroissiens de Maroilles et sonne  le démantèlement de l'abbaye et l'expulsion des moines.

Invasion Autrichienne

Les 16 et 17 avril 1794, deux corps Autrichiens s'opposent à la 4ème division Républicaine de Fromentin, composée de 15 000 hommes et l'obligent de se retirer de Maroilles qui tombe aux mains des Autrichiens et des Émigrés.

Le 27 avril, le général Montaigu attaque Maroilles avec 12 000 hommes. Il échoue et il est obligé de se replier sur la Helpe.

Le 26 août 1794, l'Armée du Nord reprend l'offensive, reconquiert les places du Quesnoy, de Landrecies et libèrent Maroilles.

Les émigrés

En application de la Loi du 9 février 1792, tous les biens des émigrés sont saisis. Ils deviennent des biens nationaux et sont aliénés. La première difficulté était d'établir qui avait fui le village en émigrant hors  les frontières. Ensuite, les ventes se déroulaient parfois dans un climat tendu par l'avidité de certains habitants.

La Terreur

L'ambiance devint plus délicate avec la retraite des Autrichiens en 1794. des Maroillais sont réquisitionnés ou faits prisonniers et doivent avec leurs chariots, leurs chevaux et leur bétail assurer le déplacement de cette armée en déroute.

A leur retour après libération ou évasion, ils sont parfois suspectés d'émigration volontaire, jetés en prison et leurs biens mis sous séquestre.

"Le même Groslevin, Délégué de la Convention nationale, natif de Maroilles, entassa les prisonniers dans les cachots de la petite ville d'Avesnes, jusqu'à y faire incarcérer cinq cents personnes à la fois, et les y conservait des mois entiers, sans les interroger, malgré une funeste épidémie qui y régna, il n'en fit relâcher aucun, il souffrit que de la seule commune de Maroilles, une trentaine d'individus y moururent, sans que son cœur en fût attendri"

Extrait de «  Le fléau des Dilapidateurs de la République Française »

 La fin de la Terreur, le Directoire,

le Consulat, l’Empire

A partir de 1794, des évolutions de Régimes amènent une stabilité des institutions civiles et le retour à la paix civile. Napoléon Bonaparte est considéré comme le garant de la paix et sa popularité va être croissante dans les premières années de l’Empire.

 Du point de vue religieux, le Directoire, à partir de 1797, évolue vers une période d’apaisement ; Les mesures contre les prêtres réfractaires sont allégées ou de moins en moins appliqués et finissent par être annulées.

 

Puis le concordat de 1802

 

 

 

 

En-tête

 

Maroilles au carrefour des sociétés

Message d'Auguste BRONCHAIN

 

   Des environs de Schärding, le 16 janvier1806

  1805 et 26 nivôse AN XIV

                  Ma chère Maman,

Je croirais être coupable si dans ce renouvellement d'année, je ne m'acquittais du plus sacré devoir . J'invoque le Ciel pour qu'il veuille exaucer mes vœux et mes souhaits en vous donnant toujours des jours sereins   et prospères. Vous donnant la santé la plus parfaite. Que la joie et le bonheur ne cesse de vous accompagner. J'ose espérer que la réalité vous fera jouir de cette suprême félicité.

 

Je  me plais à croire ma chère maman que le destin las de me persécuter me fera bientôt trouver le moyen de rompre mes chaînes et de jouir près de vous des charmes de la joie et du  bonheur.

Cette lettre n'est-elle pas le reflet de l'épigraphe de la mairie de Maroilles rendant hommage «  Aux ancêtres de 1789 ».

 

Eh si rappelle toi le premier janvier 1806 a bien succédé

Au 10 Nivôse de l'an 14 de « not'première république »

Ouf ! le calendrier grégorien reprenait sa place

Après 14 années d'un exil forcé

 

Ce texte d'un de mes amis rappelle la date du retour de bagne du calendrier grégorien. Ici, sur cette missive venue d'Autriche, le 16 janvier 1806 s'écrit avec le rappel des années terribles, le « 26 nivose de l'AN XIV ». Cette calende grecque est-elle un rejet des années post 1789 ?

La date pour offrir les vœux de nouvelle année est toujours le 1er janvier et non le 23 septembre des années révolutionnaires. L'art de vivre d'avant 1789 a subsisté.

De même, le fils invoque le Ciel pour que sa mère  « jouisse de cette suprême félicité »

De Maroilles, les moines ont été expulsés, l'abbaye est devenue une carrière de matériaux mais la foi de leurs ouailles est intacte. Elle s'exprime dans ce message.

« Rompre mes chaînes »

Cette phrase nous interpelle sur la Grande Armée Napoléonienne. Il faut la mesurer à l'histoire de ces hommes qui pour la plupart ne sont pas des volontaires mais des citoyens défendant la nation, le sol de leur commune.

En France, en 1798, pour assurer sa défense, la Loi Jourdain institue la conscription obligatoire pour tous les citoyens non mariés, âgés de 20 à 25 ans avec une modération par tirage au sort et le principe du remplacement du mauvais numéro (achat de l'exemption!). La durée du service était de 5 ans. C'est sur ces bases  que la Nation fournit à la Grande Armée de Napoléon, ses effectifs ayant atteint un million d'hommes en 1812.

 C'est à la gloire de ces hommes (combien de Maroillais?)  qu'un épigraphe a été placée sur l'entablement  de l'arc de triomphe de Maroilles.