SCHIRMECK ET LES MALGRES-NOUS

 UNE MEMOIRE DE L'EUROPE

 

 

Comité du Souvenir Français de Sargé et AERIS

L’AERIS, Association pour les Etudes sur la Résistance Intérieure Sarthoise, fondée en 2002, ayant son siège social à Sargé, est moins connue des sargéens, mais elle œuvre aussi pour la transmission de la mémoire de cette lutte des sargéens contre la « forteresse nazie installée au Château de la Blanchardière », sur réquisition, pour le Général Dollmann, commandant la VIIe Armée allemande, celle des plages de Normandie. La protection de ce Général exigeait une discipline draconienne des Sargéens à l’égard des occupants avec pour résultante une activité débordante des réseaux de Résistance agissant en limitant les représailles sur la population.

Deux groupes de résistance opéraient à Sargé dans un silence total si bien qu’après la guerre, dans un ménage d’agriculteurs le mari et la femme se sont avoué chacun à son conjoint, leur appartenance à un groupe de la résistance, chacun oeuvrant dans son réseau. Ils appliquaient ainsi le premier devoir du Résistant, le silence.

A l’AERIS, nous recevons beaucoup de documents qui permettent de présenter cette Résistance au nazisme dans l’approche de l’authenticité des actions menées par des hommes et des femmes de nos villes et villages. Il est bien entendu que pour moi, mon père, responsable dans la Résistance ayant tourné la page sur des dérives, je ne reviendrai jamais dessus.

Un groupe du chef de secteur du Mans, Maurice Hureau , du réseau Buckmaster, a été hébergé à Sargé. Un de ses membres, le manceau, Raymond Fubry, né le 21 janvier 1925, a été arrêté à Neuville en juin 1944. Par le convoi ferroviaire N° 1.264, parti de Pantin le 15 août 44, il est arrivé le 21août 1944 à Buchenwald et avec le matricule 78071, il est affecté dans les tunnels de Dora pour y fabriquer des V2. Le 5 avril devant l’avance des Américains, il est évacué vers Oranienburg. Dans ce camp, c’est gisant sur sa paillasse du « Revier », infirmerie-mouroir, qu’il sera libéré par les Russes le 23 avril 1945.

Madame Lucie Aubrac, nous a suggéré en 2006 d’organiser des voyages pédagogiques pour des lycéens. Depuis, chaque année, nous emmenons 30 élèves de 3 lycées sarthois sur les sites des camps d’extermination. Mauthausen, Ravensbrück et Oranienburg, Buchenwald et Dora, Neuengamme et Bergen-Belsen, Auschwitz et cette année le Struthof et Schirmeck.

 

Du 7 au 10 avril, l’AERIS avec le soutien du Souvenir Français, a piloté un séjour pédagogique sur les sites du Struthof et de Shirmeck, pour 30 élèves des Lycées Sud Le Mans, La Germinière et Sainte Catherine.

Ces deux camps de concentration, proches l’un de l’autre sont situés dans le Bas Rhin. Dans l’état actuel de nos recherches, 58 sarthois y ont été internés, dont 29 sont morts en Déportation. Comme M. Villeret, rescapé du Struthof, le rappelait à nos lycéens, ces 58 sarthois ainsi que beaucoup d’autres Européens ont dit Non au totalitarisme nazi.

Ces déportés pour faits de résistance avaient été condamnés à disparaître de la terre sans laisser de traces en application du décret nazi NN, Nuit et Brouillard, du 12 décembre 1941 et ce sans pouvoir communiquer avec leurs familles et leurs amis.

Un manceau, résidant route de Bonnétable, très connu des Sargéens de cette route, employé à la SNCF est arrivé dans ce camp le 16 juin 1944. Libéré et revenu chez lui, en 1945, il a été accueilli par ces voisins comme M. Vallienne.

Ce groupe a également visité le Mémorial d’Alasce – Moselle de Shirmeck. Il retrace la vie de cette province qui en 75 ans a changé 5 fois de nationalités entre l’Allemagne et la France.

L’enchaînement des salles nous présente toutes les étapes de cette histoire, qui se termine par le retour de l’Alsace – Lorraine à la France en 1944 et par la construction de l’Europe.

Dès juin 1940, une politique de germanisation est appliquée avec l’incorporation force des jeunes Alsaciens dans les unités de la Wehrmacht et des Waffen-SS on les appellera les « Malgré-nous »

En novembre 1943, nombre d’entre eux sont intégrés dans la formation de la 17e Panzer grenadier division SS, reconstituée à partir de la fusion de 2 divisions SS décimées dans les Balkans. Une unité de celle-ci investit le bourg de Sargé au matin du 8 août 1944, quelles heures avant la libération. Une unité sœur, ayant reçu la même formation, restée dans l’Indre et Loire massacre 124 civils, hommes femmes et enfants, dans le village de Maillé, le 25 août 1944.

Pendant la destruction de ce détachement au lieu dit Doucelles, j’ai vu mon père interroger un soldat qui s’est révélait être un Malgré-nous acceptant d’aider un résistant. Ces renseignements ont été transmis ( l’entretien a duré 3 heures) par mon père capitaine breveté d’état major, le lendemain matin au Général américain Oliver commandant la brigade composée des 3 divisions US et la 2e DB française en préparation de la libération du Nord Sarthe (Archives Organisation Civile et Militaire).

Dans un bosquet, près de Doucelles, quelques instant apres la destruction de la colonne, un officier SS, blessé a dégoupillé une grenade pour se suicider et ne pas tomber aux mains des alliés. Les unités SS avaient un certain nombres de crimes à se reprocher alors pourquoi cette grenade ?

Dans ses mémoires de M. Hureau, (voir cidessus) révèle les conditions dans lesquelles le lendemain, M. Duluard habitant les Plisses à Sargé a aidé un Malgré-nous à se rendre aux troupes américaines avec 15 camarades de culture allemande.

Vers 11 heures, les Malgré nous ont-ils sauvé l’église ? Un camion avec son essieu arrière cassé, stationnait devant la porte de l’église, un soldat l’a déplacé avec un câble pour l’incendier près d’un tilleul. Les caniveaux débordaient d’essence, les SS n’avaient pas l’habitude de préserver les églises mais le camion a été anéanti et le bourg n’a pas été détruit.

La visite de Schirmeck peut-elle expliquer l’histoire locale de Sargé ? sans doute

Voyage pédagogique de l'AERIS. Le 9 avril 2012, M. Villeret (X) entouré des élèves de Le Mans-Sud, La Germinière, Sainte Catherine. Les Malgrés-nous ont représenté cette culture française par de nombreux actes d'insubordination dans l'armée ennemie.